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• Histoire de la Cartographie •

L'Antiquité : Une vague idée de l'Univers.

La plus ancienne carte connue
Les premières ébauches de cartes ont certainement précédé l'invention de l'écriture. Déjà, dans des tablettes d'argile datant de trente siècles avant Jésus-Christ, étaient gravés des itinéraires et des contours. Mille ans avant J.-C., la plupart des civilisations se faisaient une idée commune de l'Univers : la Terre flotte sur l'eau.

Pour les Babyloniens, la terre est une montagne creuse qui flotte sur l'océan sous une voûte céleste fixe et solide, où les étoiles sont des Dieux qui se promènent.

Pour les Hébreux, la Terre est un cercle qui repose sur des piliers au dessus des eaux souterraines qui sont à l'origine des fleuves. Le ciel est une voûte solide régulièrement arrosée d'eau, qui donne la pluie.
Les Égyptiens ont la vision la plus "pratique" de l'Univers. Pour eux, la Terre occupe le fond d'une boîte rectangulaire qui représente l'Univers. Le ciel est le couvercle métallique de la boîte, il est percé de trous d'où pendent les étoiles, accrochées à des câbles.

Les peuples méditerranéens ont beaucoup apporté à la cartographie : les navigateurs phéniciens ont décrit le tracé des côtes, les Égyptiens ont fait des relevés cadastraux, les Grecs ont apporté les premiers éléments mathématiques et cosmographiques...
Les Grecs imaginent une Terre ronde au centre de l'Univers

La première carte d'un monde rond et plat
Thalès de Milet , vers 650 av. J.-C. imagine déjà la rotondité de la Terre.Pour lui, elle est un disque plat flottant sur l'eau sous une cloche d'air. Un siècle après, Hécatée ébauche la première carte d'un monde rond et plat comme une assiette, centrée sur la Méditerranée.

Le mathématicien Pythagore et ses disciples, se basant sur les lois de l'harmonie de l'Univers, émettent l'hypothèse que la Terre est ronde car la sphère est, à leurs yeux, la forme géométrique la plus parfaite.

Aristote, philosophe du IVè siècle av. J.-C. avance les premiers éléments de preuve : il note la forme incurvée de l'ombre projetée par la Terre sur la Lune. Il souligne également que lorsqu'un navire s'éloigne, sa coque semble peu à peu être engloutie par la mer, puis le mât disparaît de bas en haut. Son raisonnement l'amène à la thèse que la terre, comme tous les autres objets de l'Univers, est ronde comme une orange.

Au IIè siècle av. J.-C., Érastotène, le bibliothécaire d'Alexandrie, parvient à calculer la circonférence de la Terre avec une précision surprenante, grâce à l'ombre portée des objets sur le sol. Malheureusement, ses travaux seront corrigés par Posidonios de Rhodes, au IIè av. J.-C., qui réduisit considérablement la circonférence de la Terre, ce qui mena plus tard à des conséquences inattendues.

Au IIè siècle après J.-C., Ptolémée, astronome et géographe d'Alexandrie, calcula la latitude et la longitude de 8000 points sur la Terre, mais il se basa sur les mauvais calculs de Posidonios. Cependant, ses cartes, conservées par les arabes, furent redécouvertes et utilisées par les navigateurs européens de la Renaissance. Bien plus tard, l'erreur de Ptolémée dans l'estimation des distances entre les points de la Terre, ont amené Colomb à croire que les Indes étaient plus facilement accessibles par l'Ouest.

Ainsi les Grecs ont apporté à la cartographie ses bases cosmographiques et mathématiques, sur lesquelles reposent déjà toutes les notions fondamentales de la cartographie moderne.

L'époque romaine, en revanche, n'a pas favorisé la recherche en cartographie. À Rome, on se préoccupait surtout de cartographier les routes terrestres et le temps de trajet entre les villes.
Haut Moyen Âge : l'Église contre la Science

Mappemonde médiévale
En Europe, le Moyen Âge a détourné la cartographie des sciences géographiques et mathématiques. L'Église rejettera systématiquement les bases scientifiques érigées par les Grecs.

La sphéricité de la Terre et l'hypothèse de la présence d'autres terres inconnues peuplées d'hommes sont combattues. Les mappemondes représentent alors des idéologies religieuses et non la réalité. Elles s'inspirent des connaissances géographiques mais les adaptent aux textes bibliques.
XII - XVI è siècle : À la découverte du monde

Le Portulan
Sur la base des travaux de Ptolémée, les arabes accomplirent une oeuvre cartographique importante. Le géographe explorateur Edrisi (XIIème siècle), établit une carte du monde, regroupant la somme des connaissances géographiques de l'époque.

C'est l'emploi généralisé de la boussole au XIIIè siècle qui permit d'établir de nombreuses cartes servant à la navigation : les portulans. C'est une cartographie précise des côtes, mais l'intérieur des terres reste schématique. De nombreux cartographes y travaillent en Italie et en Catalogne, attirés par les mystères et les richesses des mers extrême-orientales.

Les grands voyages de Colomb, Vasco de Gama, Balboa, Magellan et El Cano, à la fin du XVè et au début du XVIè siècle, élargirent considérablement les connaissances géographiques de la Terre. L'Amérique apparaît pour la première fois sur une carte du monde en 12 feuilles de l'allemand Waldseemüller.

Les cartographes ont dorénavant matière à remplir l'intérieur des terres. Ainsi, des cartes marines vont naître les cartes continentales.

À la fin du XVIè siècle, la Terre est représentée dans sa forme et ses proportions réelles. Mais les thèses de Copernic sur le positionnement du Soleil au centre de l'Univers, appuyées ensuite par l'astronome Galilée sont rejetées catégoriquement par l'Église.

Jusqu'au XVIIIè siècle, l'Église combattra les découvertes scientifiques sur l'Univers.
XVII-XIXè siècle : sous l'égide de l'État

L'évolution des cartes, de Cassini à nos jours
Les nouveaux cartographes ne sont plus des explorateurs mais des mathématiciens et des astronomes, allemands ou flamands. C'est à cette époque que sont inventées les différentes projections permettant de représenter la Terre dans sa globalité sur un plan en deux dimensions. L'Europe de l'Ouest, grâce au développement de l'imprimerie, devient le centre principal de la réalisation et de la diffusion de la cartographie.

À partir du XVIIè siècle, les cartographes entrent au service de l'administration et de la guerre. La création du corps des ingénieurs-géographes et le calcul des arcs méridiens marquent le début des cartes géométriques d'envergure nationale. Les thèses récentes de Newton sur l'applatissement des pôles sont vérifiées.

Dans la deuxième moitié du XVIIIè siècle, Cassini et son fils dressèrent la cartographie de la France en 182 feuilles (de 1750 à 1793). Cette carte restera le modèle pendant un siècle et demi, et servit de base aux travaux des cartographes du monde entier.

Au XIXè siècle, la carte de l'État-Major au 1:80 000 vient remplacer celle de Cassini. Très régulièrement mise à jour, elle restera en service jusqu'en 1958.
XXè siècle : l'explosion cartographique
  Au XXè siècle, la cartographie profite des progrès scientifiques dans la mesure des distances et des hauteurs, utilise la photographie aérienne puis la télédétection par satellite, et enfin le traitement informatique des données géographiques.

L'Institut Géographique National (I. G. N.) remplace alors le service géographique de l'armée en 1940 et publie de nombreuses cartes de France et des pays francophones à échelles diverses.

Aujourd'hui, la connaissance cartographique de la Terre est inégalement avancée. Il reste quelques "zones blanches" sur des cartes à grande échelle de régions peu peuplées ou recouvertes d'une végétation dense qui masque le sol. On espère combler ces lacunes grâce à une collaboration technique internationale et aux progrès scientifiques rapides. La conséquence de ces avancées et collaborations techniques est la normalisation du langage cartographique. L'unification progressive des méthodes et des techniques a effacé l'originalité des cartographies topographiques nationales.
La cartographie "thématique" : un courant alternatif
  Sur la base des cartes topographiques, une cartographie "spécialisée", ou "thématique" est apparue dès le XVIè siècle. Ces cartes sont consacrées à un thème particulier autre que la simple représentation de la Terre. La cartographie thématique s'est diversifiée au XIXè siècle avec l'apparition de cartes géologiques, politiques, économiques. En fait, n'importe quelle donnée ayant une dispersion géographique peut être cartographiée, soit par des symboles ponctuels qualitatifs, soit par des symboles quantitatifs, ou des plages de couleur découlant d'un calcul statistique.

Le développement rapide de la cartographie thématique traduit l'intérêt croissant du public pour l'usage de la carte comme document de communication.

Des logiciels de cartographie automatique sont apparus à partir de 1960 et n'ont cessé de se perfectionner. La gestion et le stockage des données géographiques sur ordinateur ont révolutionné la cartographie et diversifié ses usages.

Depuis 10 ans environ, les Système d'Information Géographiques (S.I.G.) se développent partout. Ils ont pour but de rassembler, organiser, localiser, d'analyser et de mettre à jour des données cartographiables. Il sont utilisés surtout dans le but de gérer un territoire naturel ou économique.

Mais la mise en service d'un S.I.G. est extrêmement longue et coûteuse. Son emploi est cependant bien rentabilisé pour des phénomènes répétitifs, comme les études de marché, la gestion des réseaux etc, mais il implique une parfaite connaissance des données traitées et des techniques de cartographie statistiques.

Le coût des cartes faites sur S.I.G. et leur manque d'attraits esthétiques laissent une part honorable à la cartographie "traditionnelle", c'est à dire la cartographie thématique dessinée à la main ou sur des logiciels de dessin. Elle trouve sa voie dans les domaines de l'édition et de l'illustration où le cartographe peut s'exprimer en dehors de toute normalisation. Chaque cartographe a son style et participe au développement et à l'enrichissement du langage cartographique : on retrouve le vieux métier où chaque cartographe avait sa "griffe".


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